Baromètre anti-gaspi : où en est vraiment la grande distribution en 2025 ?
En France, la grande distribution représente encore près de 8% du gaspillage alimentaire. Depuis la loi Garot de 2016, tous les magasins ont engagé une démarche anti-gaspi, avec des niveaux de maturité variables selon les formats, les organisations et les territoires. Le baromètre anti-gaspi 2025, publié par Phenix, analyse les performances de 253 magasins dont 69% de supermarchés et 31% d’hypermarchés en s’appuyant sur plus de 10 années d’expertise terrain. Cette étude met en lumière trois grandes tendances : une casse mieux maîtrisée mais encore coûteuse, des leviers de revalorisation efficaces lorsqu’ils sont complémentaires, et des performances nettement supérieures dans les magasins labellisés anti-gaspi.
Tendance 1 : Une casse maîtrisée, mais des progrès encore possibles
Chaque jour, en magasin, des produits sont retirés de la vente avant leur date limite ou à la suite de défauts logistiques. Cette casse représente en moyenne 1,5% du chiffre d’affaires en supermarché, soit l’équivalent de 300 000€ de pertes annuelles pour un magasin de 15 M€ de CA, et 1,1% du chiffre d’affaires en hypermarché, soit environ 760 000€ pour un point de vente de 50 M€.

La casse est directement liée à la saisonnalité, aux comportements d’achat et à la typologie des produits vendus.
En décembre et janvier, les fêtes de fin d’année se traduisent par une hausse du trafic et un élargissement de l’offre en produits festifs : traiteur, marée, boucherie ou pâtisserie dont la sensibilité en termes de DLC entraîne mécaniquement une augmentation du taux de casse.
À l’inverse, durant l’été, les écarts se creusent entre les territoires. Dans les zones non touristiques, la fréquentation plus faible fait augmenter les invendus, tandis que les zones touristiques parviennent à mieux écouler leurs volumes. Les produits estivaux hautement périssables, comme les fruits et légumes, les viandes pour barbecue, les glaces ou les boissons fraîches, restent par ailleurs très dépendants des conditions météo : un été chaud stimule certaines ventes, tandis qu’une météo maussade peut accentuer les pertes.

La casse se concentre principalement sur quelques rayons clés : les fruits et légumes, les rayons frais en libre-service (crèmerie, charcuterie, volaille, boucherie, poissonnerie), l’épicerie et la boulangerie libre-service. Ces rayons cumulent un risque élevé de perte, mais aussi un fort potentiel de revalorisation. Des leviers ciblés : stickage, don aux associations, paniers anti-gaspi et alimentation animale permettent d’agir efficacement, rayon par rayon, pour réduire durablement la casse et améliorer la rentabilité globale.

Tendance 2 : Des leviers de revalorisation complémentaires
Parmi les magasins étudiés, l’analyse des 50 plus engagés montre qu’une démarche complète de lutte contre le gaspillage permet d’atteindre en moyenne 82% de revalorisation des invendus. Ces performances reposent sur une activation complémentaire de quatre solutions : le stickage, le don aux associations, les paniers anti-gaspi et l’alimentation animale. En supermarché, les magasins qui utilisent l’ensemble de ces leviers évitent 2,1 fois plus de déchets que ceux qui se limitent au duo don + stickage. En hypermarché, cet écart est de 1,7 fois.

Le stickage : un levier renforcé par l’inflation
En deux ans, le stickage a progressé de 29%, porté à la fois par la recherche de pouvoir d’achat des consommateurs et par la volonté des magasins de préserver leur marge. Ce levier génère un chiffre d’affaires significatif, pouvant atteindre 315 000€ de CA dates courtes en hypermarché et 128 000€ en supermarché.
Pour autant, son efficacité repose sur un pilotage rigoureux. Les magasins les plus performants réorganisent leur vitrine anti-gaspi plusieurs fois par jour et arbitrent finement entre don et stickage. Une même référence peut ainsi être partagée entre les deux solutions afin d’optimiser la revalorisation, sans dégrader la marge.
Le don : un pilier toujours central
Le don reste un levier historique, particulièrement pour les rayons à forte casse. En moyenne, les magasins donnent chaque année 62 000€ de produits en supermarché et 164 000€ en hypermarché. Il demeure la solution la plus répandue pour les produits frais à DLC courte, les invendus non stickables ou les volumes importants en fin de cycle.
Au-delà de sa valeur économique, le don renforce la solidarité locale, fédère les équipes et répond à une attente sociétale forte. Selon une étude Kantar, 86% des consommateurs en France estiment que les marques doivent apporter des solutions aux enjeux environnementaux et sociétaux.
Les paniers anti-gaspi : l’allié des rayons traditionnels
Les paniers anti-gaspi affichent des performances élevées dans les magasins les plus engagés, avec 97% de taux de vente en moyenne. Ils s’imposent comme un levier complémentaire essentiel, en particulier dans les rayons traditionnels : traiteur ou boulangerie, où le don et le stickage sont plus contraints par la réglementation.
Dans un contexte inflationniste, ces paniers permettent à la fois de réduire les pertes, de générer une marge additionnelle et de répondre aux attentes de consommateurs à la recherche de produits de qualité à prix réduit.
L’alimentation animale : un débouché discret mais très efficace
Pour les produits non consommables par l’humain, l’alimentation animale constitue un débouché clé. Selon le format du magasin, elle permet d’éviter 13 à 30 tonnes de biodéchets par an et de réaliser 3 250 à 7 500€ d’économies sur les coûts de collecte et de traitement. Moins visible sur le terrain, ce levier reste essentiel pour réduire la casse nette et alléger les coûts liés aux déchets.
Tendance 3 : Les magasins labellisés ont de meilleurs performances
Lancé en 2023, le Label national anti-gaspi structure et valorise les démarches de réduction et de revalorisation des invendus. Son obtention certifie que les magasins atteignent des résultats mesurables et durables.
Le Baromètre 2025 met en évidence des écarts significatifs entre magasins labellisés et non labellisés, avec 64% de déchets évités en plus, 51% de repas sauvés supplémentaires et 53% de valeur de dons en plus. Ces différences s’expliquent par un meilleur pilotage, une mobilisation accrue des équipes et une activation complète des leviers anti-gaspi.
Phenix le leader européen de l’anti gaspi
Phenix est le leader européen de l’anti-gaspi conçu pour les entreprises. Depuis 2014, Phenix a accompagné plus de 16 000 clients, distributeurs et industriels, pour mieux piloter, réduire et valoriser leurs surplus.
Les enseignes sont accompagnées sur l’ensemble de la chaîne anti-gaspi : gestion des dons via 3 000 associations partenaires, optimisation du stickage, paniers anti-gaspi via une application utilisée par 6 millions de consommateurs, débouchés en alimentation animale et préparation au Label national anti-gaspi. Cette approche s’appuie sur plus de 10 ans d’expertise terrain, des données métier solides et un réseau de débouchés unique.
Conclusion
En 2024, la grande distribution poursuit ses engagements dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Les magasins les plus engagés atteignent en moyenne 82% de revalorisation des invendus, génèrent des gains économiques concrets – jusqu’à 430 000€ par an en hypermarché – et produisent des impacts mesurables, avec 89 000 à 220 000 repas sauvés par magasin.
Le baromètre de l’anti-gaspi révèle toutefois une forte hétérogénéité des résultats, notamment sur la casse. L’enjeu réside dans le niveau de pilotage, l’anticipation des dates, la gestion des stocks et les routines d’équipe. L’ambition en 2026 est de faire de l’excellence anti-gaspi la norme.