A l’occasion de la journée internationale de sensibilisation aux pertes et au gaspillage de nourriture, on tenait à se pencher sur un sujet peu souvent abordé : les pertes et le gaspillage chez les producteurs. En France, le gaspillage provient majoritairement du consommateur (33%) mais aussi du producteur (32%). Alors, pour atteindre l’objectif du gouvernement de réduire le gaspillage de 50% d’ici 2025, quelles sont alors les solutions pour les producteurs ?

Pourquoi les pertes varient selon les pays et les types de cultures ? Qu’est-ce qui fait qu’un producteur gaspille plus qu’un autre ? Quelles sont les principales causes du gaspillage chez les producteurs ? Et enfin, quelles solutions existent ? On vous explique tout !

 

Des pertes qui varient selon les pays et les types de cultures

Des pertes qui varient selon les pays

Nous ne sommes pas tous égaux face au gaspillage. Ainsi les pertes en phase de production sont plus élevées dans les pays en développement. Alors qu’elles s’élèvent, en moyenne, à 6% dans les pays riches, ce taux monte à 14 % en Afrique subsaharienne et même 20 % en Asie.

Les variétés de produits, elles non plus, ne sont pas toutes égales face au gaspillage. En effet, les pertes n’affectent pas toutes les récoltes de la même manière. Ce sont surtout les racines, tubercules et oléagineux (25%), les fruits et légumes (22%), la viande et les produits d’origine animale (12%) qui sont impactés par ce problème.

Enfin il faut comprendre que, selon l’étape de la chaîne, les catégories de produits jetées diffèrent fortement. Production, transformation, distribution et dégustation sont autant d’occasions pour un produit d’être gaspillé. Par exemple, les fruits et légumes sont davantage gaspillés en phase de production tandis que les produits carnés sont plutôt jetés en phase de consommation.

 

Pourquoi certains producteurs jettent-ils plus que d’autres ?

Pourquoi certains producteurs jettent ils plus que d'autres

Selon la FAO, si les causes du gaspillage en phase de production sont nombreuses, l’essentiel se joue lors du stockage chez les producteurs et lors du transport des denrées. Il faut cependant distinguer deux cas de figures : celui des pays dont l’économie est peu développée, et celui des pays riches. 

Un manque d’infrastructures dans les pays pauvres

Dans les premiers, les mauvaises infrastructures sont le principal facteur de perte, notamment pour les fruits et lĂ©gumes. Ainsi il faut composer avec des pannes dans les entrepĂ´ts frigorifiques, une gestion approximative de la tempĂ©rature et du taux d’humiditĂ© ou encore des moyens de transport peu adaptĂ©s. Il faut aussi faire face Ă  une vulnĂ©rabilitĂ© des silos en cas d’intempĂ©ries, aux germes, aux insectes ou encore aux rongeurs. Enfin, subsiste aussi une tendance au sur-stockage. En l’espèce, les produits laitiers, la viande et le poisson peuvent facilement s’altĂ©rer s’ils sont stockĂ©s dans des entrepĂ´ts frigorifiques inadaptĂ©s ou s’ils sont transportĂ©s dans des structures rĂ©frigĂ©rĂ©es qui ne conviennent pas.

La surproduction dans les pays riches

Dans les pays riches, ces aléas sont globalement mieux gérés. La modernité des infrastructures permet d’éviter la poubelle à de nombreux produits. Un gaspillage subsiste cependant, de par les aléas climatiques, la tendance à surproduire sous la pression des distributeurs, ou encore à cause des hauts standards de calibrage et autres normes de qualité visuelles et nutritionnelles.

On le comprend, les facteurs propres Ă  chaque pays et le type de denrĂ©es qu’il choisit de cultiver vont impacter le gaspillage qui dĂ©coule de sa production. Ainsi, produire du blĂ© en Afrique subsaharienne implique des contraintes diffĂ©rentes au niveau de l’environnement et de la supply chain que de faire pousser la mĂŞme variĂ©tĂ© en Allemagne. Dans ce second cas, c’est le calibrage qui aura tendance Ă  accentuer le gaspillage. En phase de production, les causes du gaspillage varient donc selon le stade de dĂ©veloppement Ă©conomique du pays.

Les principales causes des pertes et du gaspillage chez les producteurs

Le gaspillage chez les producteurs

Tous pays confondus, on peut Ă©tablir une liste, non exhaustive, des causes principales du gaspillage chez le producteur :

  • La mĂ©tĂ©o, qu’on qualifie d’alĂ©a climatique. Une forte humiditĂ© prolongĂ©e et la rĂ©colte stockĂ©e peut ĂŞtre endommagĂ©e
  • Les maladies qui sont vĂ©hiculĂ©es par les germes et les parasites, et peuvent se propager très vite
  • La surproduction : celle-ci peut ĂŞtre due Ă  une fluctuation de la demande, une saturation du marchĂ© ou encore une trop grande volatilitĂ© des prix
  • Des contraintes techniques. Elles rendent parfois impossible la rĂ©colte de la totalitĂ© de la production. En cause : un mauvais rĂ©glages des machines, l’inaccessibilitĂ© de certaines zones des terrains cultivĂ©s, ou bien des diffĂ©rences de maturitĂ© entre les produits
  • Les normes de calibrage imposĂ©es dans les cahiers des charges et qui conduisent souvent Ă  Ă©carter des produits qui prĂ©sentent de petits « dĂ©fauts » comme des diffĂ©rences de formes ou des tâches. C’est ce qu’on appelle des « Ă©carts de tri ». On vous en dit plus sur notre article qui creuse la question des calibres !
  • Les changements dans les commandes ou des problèmes lors des livraisons, qui tiennent Ă  l’efficience relative des logiciels de commande des fournisseurs, mais aussi Ă  l’erreur humaine
Vous ĂŞtes un professionnel et souhaitez mettre en place des solutions contre le gaspillage ?

Les solutions pour réduire les pertes et le gaspillage chez les producteurs

Les solutions pour Ă©viter les pertes chez les producteurs

Ces problèmes peuvent être en partie résolus par la mise en place d’actions concrètes, de prévention et de valorisation. En voici quelques unes passées dans le radar des équipes Phenix :

Des actions des pouvoirs publics et des consommateurs pour limiter les pertes Ă  la source

  • Investir publiquement pour accompagner les agriculteurs dans l’optimisation de leurs infrastructures. Ces investissements peuvent prendre la forme de subventions, d’exonĂ©rations ou encore de prĂŞt Ă  taux zĂ©ro
  • Consommer des fruits et lĂ©gumes de saison et locaux : les phĂ©nomènes de “surproduction” qui sont Ă©voquĂ©s plus hauts, sont très souvent liĂ©s Ă  une dĂ©connexion entre l’offre (les fruits et lĂ©gumes des producteurs) et la demande (l’achat des consommateurs dans les rayons). Par exemple pendant la saison des tomates, l’offre est importante mais en cas de mauvais temps, la demande peut chuter très brutalement. Les distributeurs n’arrivent donc pas Ă  Ă©couler leurs stocks, ne passent plus commande auprès des producteurs parfois installĂ©s Ă  l’autre bout du monde, et qui se retrouvent contraints de jeter. Si le consommateur se fournit directement auprès de son producteur, celui-ci a une vision plus claire des quantitĂ©s Ă  produire et donc, jette moins. 
  • RĂ©intĂ©grer les fruits et lĂ©gumes moches dans nos habitudes de consommation : nous vous en parlions dans notre article sur les calibres, nous, consommateurs, pouvons agir pour redorer le blason des fruits et lĂ©gumes moches. L’objectif : rĂ©duire la quantitĂ© de normes et calibres qui contraignent les producteurs Ă  jeter une grande partie de leur production. Pour cela, changeons nos habitudes et n’ayons plus peur de consommer des fruits et lĂ©gumes abĂ®mĂ©s ou estropiĂ©s !
  • Encourager les distributeurs Ă  rĂ©organiser leur rayon primeur pour limiter le gaspillage en haut de la chaĂ®ne. Pour plus d’infos, les Epiceries NOUS Anti-gaspi ont rĂ©digĂ© un livre blanc intitulĂ© « Pour rĂ©duire le gaspillage des fruits et lĂ©gumes moches ».

Des solutions pour sauver la production gaspillée

  • Les 8 Epiceries NOUS Anti-gaspi : vous y trouverez des fruits et lĂ©gumes moches produits localement, ou encore des Ĺ“ufs dont le diamètre est trop gros ou trop petit de quelques millimètres. Les prix : environ 30% moins chers que dans les circuits traditionnels. De quoi rĂ©duire le gaspillage, faire des Ă©conomies et aider les producteurs !
  • Des jus, soupes et autres potages faits Ă  partir de fruits et lĂ©gumes refusĂ©s par les circuits de distribution conventionnels : Moi Moche et Bons, les confitures Re-Belles
  • Pour les gourmands, les friandises concoctĂ©es par Fwee, fabriquĂ©es Ă  base de fruits dĂ©classĂ©s
  • Le glanage, que proposent des associations comme Re-Bon du cĂ´tĂ© de Nantes. L’idĂ©e ? RĂ©cupĂ©rer directement dans le champs des produits non rĂ©coltĂ©s mais propres Ă  la consommation. Ils sont ensuite donnĂ©s Ă  ceux qui en ont besoin. De nombreux agriculteurs encouragent cette pratique et des rĂ©seaux de glanage existent un peu partout en Europe. Il y en a forcĂ©ment un près de chez vous !

Quand les produits ne sont plus consommables : des solutions de revalorisation de la production

  • Le dĂ©veloppement de fermes de bioconversion par les insectes. Le principe ? Les produits non consommables vont par exemple faire le festin de larves de mouches. En quelques semaines, elle vont prendre de la masse et pourront ĂŞtre transformĂ©es en farine hyper-protĂ©inĂ©e pour les poissons et volailles. C’est ce que fait la start-up Mutatec avec des pommes !
  • L’alimentation animale, pour nourrir le bĂ©tail de nos agriculteurs, les animaux des refuges de la SPA, ou encore les pensionnaires des parcs animaliers
  • Le compostage pour fabriquer du compost, comme savent si bien le faire Les Alchimistes
  • La mĂ©thanisation, pour produire de l’énergie verte. C’est ce que proposent des entreprises comme Moulinot

Malgré certains facteurs indépendants de la volonté des producteurs, il existe de nombreuses solutions pour réduire les pertes et le gaspillage à ce niveau. En tant que consommateurs nous avons aussi un rôle à jouer, dans nos choix de consommation. Chez Phenix, nous travaillons chaque jour à réduire le gaspillage et accompagner tous les acteurs de la chaîne de valeur dans leurs démarches : du producteur au consommateur !

 

Et pour rejoindre le mouvement de l’anti-gaspi au quotidien